CHAPITRE X
Le Faucon Millenium sortit de l’hyperespace non loin de l’emplacement du défunt système de Carida.
Yan Solo polarisa la baie d’observation pour observer tristement le conglomérat de poussière, de débris et de radiations qui avait été un soleil et ses planètes. En terme d’échelle, la catastrophe était pire que celle d’Alderaan, quand Yan était également sorti de l’hyperespace pour constater les dégâts. A l’époque, il n’avait pas encore rencontré Leia, ni rejoint la Rébellion, et encore moins fait allégeance à la Force.
Le soleil de Carida, en explosant, avait projeté une étroite bande de matière stellaire dans la zone du plan de l’écliptique. L’onde de choc de la supernova se propageait dans l’espace, où il faudrait des milliers ; d’années pour qu’elle se dissipe.
Lando Calrissian était assis près du Corellien, les yeux écarquillés.
– Fichtre ! Ce gosse n’y va pas par quatre chemins ! Quel massacre !
Yan acquiesça, la gorge sèche. Il n’aimait pas beaucoup avoir quelqu’un d’autre que Chewie dans le siège du copilote. Il espéra que le Wookie avait hérité d’une mission moins pénible que la sienne.
Pour le moment, les senseurs n’avaient pas repéré la trace de Kyp Durron.
– Yan, qu’espères-tu trouver dans cette bouillie ?
Avec beaucoup de chance, on pourra détecter la signature ionique du Broyeur de Soleil, mais après une supernova, n’espère pas découvrir une piste. Les chances sont de…
Solo leva une main pour faire taire Lando.
– Ne me casse pas les pieds avec les probabilités ! Tu vaux mieux que ça…
Calrissian sourit.
– D’accord ! D’accord ! Alors, que fait-on ? Pourquoi sommes-nous venus dans ce système ?
Yan serra les dents, cherchant une réponse. Son instinct lui avait dit de venir ici. C’était tout.
– Je voulais voir ce que Kyp a vu, penser comme il a dû penser. Qu’est-ce qui a pu lui passer par la tête ?
– Tu le connais mieux que moi, vieux frère ! S’il a mis à feu et à sang la Nébuleuse du Chaudron pour tuer Daala, puis détruit un système solaire, c’est qu’il est décidé à tout. Réfléchis, Yan ! A sa place, quelle serait ta prochaine cible ?
– Si je voulais frapper l’Empire, et lui faire le plus mal possible ? J’irais… hum…
Il sursauta et se tourna vers Lando, qui comprit aussitôt.
– C’est trop dangereux… Il n’oserait pas…
– Je crains que le danger ne l’arrête pas, mon vieux.
– Une minute ! Ne me dis pas que nous allons nous balader dans le Système du Noyau ?
– Gagné !
Yan programma le cap sur l’ordinateur de navigation.
– Maintenant, plus question d’arriver sur Kessel à temps…, maugréa Lando.
L’espace se distordit, déchirant les volutes de gaz qui flottaient dans le ciel irradié de Carida. Le Faucon plongea dans l’hyperespace.
Sa destination ? Le cœur de l’Empire, loin derrière les lignes ennemies, là où se terraient les dernières troupes d’un tyran mort.
Près du noyau de la galaxie, où les étoiles se combinaient en d’inédites configurations, l’Empereur, ressuscité, avait rassemblé ses forces pour constituer un ultime bastion. Depuis la deuxième mort de Palpatine, les seigneurs de la guerre se disputaient les miettes de l’Empire. Sans génie militaire comme le Grand Amiral Thrawn pour la diriger, la machine de guerre impériale avait battu en retraite vers les Mondes du Noyau. Les seigneurs de la guerre, en piteux état, avaient laissé la Nouvelle République soigner ses plaies pendant qu’eux-mêmes luttaient pour la suprématie à l’autre bout de la galaxie.
Si un nouveau chef émergeait de la meute, les attaques contre la Nouvelle République recommenceraient.
Sauf si Kyp Durron détruisait l’Empire avant !
A la frontière du Noyau, Yan et Lando découvrirent les restes d’une naine rouge. Ce petit soleil n’avait aucune importance stratégique. Selon l’atlas du Faucon, il n’éclairait aucun monde habitable. Mais des sondes de la Rébellion avaient repéré, sur des planétoïdes rocailleux, une usine de construction de vaisseaux et des dépôts d’armes et d’archives.
Regardant à travers la baie d’observation, Yan constata que l’astre avait explosé de façon moins spectaculaire que celui de Carida. C’était une petite nova, pas assez puissante pour entraîner une réaction en chaîne significative, mais l’onde de choc avait pulvérisé les planètes environnantes.
– Il a recommencé, dit Yan. Difficile de ne pas voir le genre de piste qu’il laisse !
Lando se pencha sur l’écran des senseurs.
– Onze destroyers impériaux à midi, annonça-t-il, laconique.
– Génial ! railla Yan.
Il avait assez de problèmes avec Kyp et le Broyeur de Soleil pour ne pas avoir envie de se colleter avec une flotte ennemie.
– Ils nous ont repérés ?
– Ça m’étonnerait. Il y a encore beaucoup de radiations et d’interférences dans le coin. A mon avis, ces navires sont en train de foutre le camp…
– Veux-tu dire que l’explosion est récente ? Kyp viendrait-il juste de la déclencher ?
– Ce n’est pas impossible…
– Compris ! Dans ce cas, tu devrais régler les senseurs pour…
– C’est déjà fait, Yan. Le Broyeur de Soleil est immobile au-dessus du plan de l’écliptique. Il se contente de… regarder.
– Calcule le cap. On va le rejoindre. Moteurs au maximum.
Il pianota sur sa console et les moteurs auxiliaires du Faucon entrèrent en action. L’accélération plaqua Yan et Lando au fond de leurs sièges.
Quand ils se furent approchés du Broyeur, celui-ci redémarra.
– Il nous a repérés ! Il ne faut pas le lâcher ! S’il passe en hyperdrive, nous le perdrons.
Le Faucon Millenium colla aux basques de l’autre navire.
– Tu veux que j’arme les canons-blasters, Yan ? Non… On ne va pas lui tirer dessus, hein ? Mais que faire s’il ne s’arrête pas ?
– Tirer ne servira à rien ! Pas avec son superblindage. (Yan ouvrit une fréquence :) Kyp, c’est moi, le général Solo. Gamin, nous avons à parler !
En réponse, le Broyeur changea de cap et accéléra.
– Puissance maximale ! cria Yan.
– On est déjà dans le rouge ! s’inquiéta Lando.
– Le Faucon en a vu d’autres ! Kyp, ici Yan, réponds-moi !
Le Broyeur amorça un arc de cercle. Bientôt, il sembla plus grand derrière le cockpit de Yan.
– Yan ! Il fonce sur nous !
Solo était ravi que Kyp se soit enfin décidé à lui parler.
– Je crois qu’il veut nous éperonner, gémit Lando.
Yan n’en crut pas ses yeux.
– Kyp, ne fais pas l’imbécile ! C’est moi, Yan !
Le Broyeur de Soleil les frôla, lâchant une courte salve de lasers qui ne fit aucun mal au Faucon.
– Juste un coup de semonce…, marmonna Lando.
– C’est ça, ouais… Kyp, pourquoi ne réponds-tu pas ?
La voix du jeune homme sortit enfin des haut-parleurs.
– Yan, fous-moi la paix ! Retourne d’où tu viens. J’ai une guerre à faire, et je la ferai…
Le Broyeur de Soleil fit de nouveau demi-tour, comme s’il voulait répéter sa manœuvre. Yan réagit en un éclair, braquant le rayon tracteur du Faucon sur l’arme démoniaque.
– Bon sang, je l’ai eu ! s’étonna le Corellien.
L’inertie du Broyeur de Soleil était suffisante pour secouer le Faucon comme un prunier, mais le rayon tracteur résista. Yan augmenta la puissance, affermissant sa prise sur le Broyeur.
Les deux vaisseaux finirent par s’immobiliser.
– D’accord, Yan, dit Kyp. Si c’est ce que tu veux… Désolé, mais je ne peux pas te laisser me mettre des bâtons dans les roues.
La radio se tut.
– Je déteste ça, grogna Lando.
La voix de Kyp retentit de nouveau.
– Une torpille à résonance suffit à détruire une étoile. J’aime mieux ne pas penser à ce que ça ferait à un tas de ferraille comme le Faucon.
Yan regarda la forme cristalline du Broyeur de Soleil. Le générateur toroïdal de l’engin cracha des flammes bleues et blanches. Il se préparait à lâcher un projectile…
A bout portant !
– J’ai un mauvais pressentiment, souffla le Corellien.